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« Nous avons foi dans le succès. Qu'importe qu'il
soit long à venir, qu'importe qu'il brille seulement pour
ceux qui nous suivront, pourvu que nous ayions contribué
à instaurer la justice et la démocratie dans notre
pays»
(M. Sylvain-Bouchereau répond aux constituants de 1946)
l est difficile de se la représenter autrement que participant
fiévreusement à une réunion, mettant la dernière
main à un projet de loi ou une pétition, préparant
un ultime plan d'attaque ou, à coup d'arguments tirés
d'une conviction à toute épreuve, s'efforçant
habilement, emportée par les soucis de rayonnement et de
vitalité d'une cause, de ramener une adepte éventuelle
sur les sentiers, à l'époque rocailleux, du féminisme.
Commencer la présentation d'une telle femme ainsi, par son
activisme, ne va pas toujours sans risque mais on ne sait pas toujours,
de l'intellectuelle, de la politique, de la femme de terrain, que
l'on a vue, tour à tour et même simultanément,
se distinguer, laquelle mettre en avant pour donner la vraie mesure
de cette battante que fut Madeleine Sylvain-Bouchereau.
D'un père (Georges Sylvain) et d'une mère (Eugénie
Malbranche), dont le dynamisme et la présence se révéleront
d'un apport non négligeable dans la vie intellectuelle et
socio-politique haïtienne de ce début de siècle,
et notamment dans la lutte contre les forces d'occupation, Madeleine
Sylvain a dû, très jeune sans doute, se voir inculquer,
poussé à une rare ténacité, ce goût
aussi bien des études que de l'action qui, la retrouveront,
en Haïti et à l'étranger, passionnément
impliquée dans les domaines aussi riches et divers que sont
l'éducation, l'assistance sociale, l'animation communautaire
et, bien sûr, les droits de la femme.
En 1926, bien qu'âgée de 22 ans, son nom ne figure
pas moins comme membre fondatrice et vice-présidente des
Pupilles de Saint-Antoine, une des premières uvres
haïtiennes d'entraide sociale, et en 1935, elle portera déjà
à son actif, l'introduction en Haïti du mouvement des
Guides dont le développement et l'organisation seront pris
en main par Mme René Durocher (directrice/ chef-guide), Mme
Paul Cassagnol, Melles Valentine Charlier et Jeanne Durocher. Mais
son entrée houleuse pour ainsi dire dans l'arène des
revendications remonte à 1934, quand, sentant se faire jour
chez les femmes ce besoin de plus en plus accru d'une participation
plus active et reconnue à la politique de leur pays, elle
se met en frais de rallier une énergie jusque-là disséminée
et, avec la fondation de la Ligue féminine d'action sociale,
inaugure les premières luttes qui verront, pour la première
fois en Haïti, brandi haut et clair l'étendard féministe.
Se découvrira alors en Madeleine Sylvain une animatrice nourrie
d'un exceptionnel sens de l'organisation et des relations humaines
et, à l'occasion, capable, de surcroît, d'une compréhension
pénétrante des contingences du monde mouvant de la
politique. Et ce mouvement, autour duquel, en peu de temps, finira
par graviter tout ce qui pouvait se compter alors de femmes tant
soit peu actives de l'époque, semblera s'imposer avant même
les premières grandes foulées décisives et
notoires.
Cheville ouvrière sans conteste du mouvement, Madeleine
Sylvain-Bouchereau ne contribuera pas pour peu jusqu'à son
départ d'Haïti en 1958, à marquer d'une empreinte
profonde chacune des étapes des 25 ans de cette Ligue, par
son envergure autant que par ses retombées, la plus grande
organisation féminine haïtienne à date. Elle
est tout à la fois, aux côtés de ses collègues
à la planification et à la coordination des campagnes
de sensibilisation et d'éducation civique, à signer
les pétitions, à la revue de la Ligue et à
la préparation des propositions d'amélioration du
statut de la femme dans le Code civil; elle fonde le Foyer Alice-Garoute
pour la formation des jeunes filles rurales et prépare des
tournées de conférences à travers le pays.
Et, quand la Constitution de 1950 et la loi du 25 janvier 1957 auront
confirmé la jouissance des droits civils et politiques de
l'Haïtienne, ce sera encore elle la première femme,
en 1957, à entrer en lice aux courses sénatoriales
du département de l'Ouest.
A Madeleine Sylvain-Bouchereau qui, en dépit de ces astreignantes
occupations, semble s'être aménagée, un espace
propre de recherche et de réflexion, nous devons également
la publication des premières études théoriques
et documentées sur le rôle joué par la femme
dans notre histoire ainsi que de judicieuses analyses sur sa situation
et son évolution dans la société haïtienne.
Et pas moins étonnante ne se revélera une vie professionnelle
tout aussi dense et fructueuse:
En 1941, on la retrouve professeur d'abord à l'Institut
d'Ethnologie, puis à partir de 1945 à l'Ecole nationale
d'Agriculture et à l'université de Fisk.
En 1944, «Principal welfare officer» pour les
Nations-Unies, elle est chargée de l'organisation des services
sociaux dans cinq camps de prisonniers polonais déportés
en Allemagne.
Elle siégera à la Commission de statut de la femme
aux Nations-Unies à New-York en 1951 et en 1952, année
où l'Assemblée générale adoptera la
Convention sur les droits politiques de la femme, premier
document juridique international affirmant l'égalité
des droits politiques, y compris le droit de voter.
De 1952 à 1956, elle est membre du comité
pour l'organisation des cours d'été de la Ligue internationale
des Femmes pour la paix et la liberté, co-directrice des
cours de Copenhague et de Hambourg.
En 1958, sous les auspices de la Ligue internationale des
femmes, elle mènera une enquête dans les pays du Moyen-Orient
sur les conflits dans cette région. Elle est vice-présidente
de la Ligue internationale des femmes avocates.
De 1966 à 1968, elle sera conseillère pour
le développement communautaire auprès du gouvernement
du Togo.
Madeleine Sylvain-Bouchereau meurt à New-York en 1970.
Publications:
- L'Education des femmes en Haïti, Port-au-Prince,
1944 (Prix Suzan B. Anthony de la Byrn Mawr College, Pennsylvanie).
- Les Droits des femmes et la nouvelle Constitution, Port-au-Prince,
1946, dans La Femme haïtienne répond aux attaques
formulées contre elle à l'Assemblée constituante
- La Classe moyenne en Haïti, dans Matériaux
pour l'étude de la classe moyenne en Amérique Latine,
(Publications du Département des Sciences sociales, Union
panaméricaine, Washington, D.C., 1950.)
- Haïti et ses femmes, Port-au-Prince, 1941
- La Famille Renaud, 2 vol. (manuels scolaires de lecture)
- Bulletin pour les instituteurs ruraux.
- Haïti, portrait d'un pays libre (édité
en allemand), 1954.
Parcours académique de Madeleine Sylvain-Bouchereau:
- Licence à la Faculté de droit de Port-au-Prince
(1930 - 1933)
- Etudes en Education et en sociologie à l'Université
de Puerto-Rico (1936 - 1938) et à Bryn Mawr College aux Etats-Unis
(1940 - 1941).
- Obtention sur concours d'une bourse offerte par l'Association
internationale des femmes universitaires aux jeunes filles d'Amérique
latine;
- Maîtrise en éducation et certificat de spécialiste
en organisation des communautés rurales.
- Doctorat en sociologie.
Elle demeure, sans doute, la seule femme de sa génération
à faire montre d'une formation académique aussi soignée.
* Sources:
Entrevue de Myriam Sylvain Torchon
Madeleine Sylvain-Bouchereau, Haïti et ses femmes.
Publications diverses de la Ligue féminine d'action sociale.
Archives de la famille Sylvain.
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