Fleur fauchée avant ses meilleures promesses. Ainsi pourrait
se résumer la courte, mais combien brillante carrière
de Denyse Guillaume.
Quand, deux ans après sa naissance à Paris, Denyse
se retrouve en Haïti, c'est pour se voir offrir plus tard,
ainsi qu'il sied à toute jeune fille de bonne famille, ce
cycle à l'époque bien vu d'études des surs
de Saint-Joseph de Cluny, où, ne tardant, du reste, pas à
se distinguer par les nombreux prix qu'elle remporte, elle ne manquera
naturellement pas, son brevet supérieur achevé, de
se voir confier l'éducation des petites. Autour de cette
époque également semblent prendre fermement place
des préoccupations qui, dans ces sillons assidûment
labourés que constitue l'action sociale, la verront faire
ses premières armes avec les Pupilles de Saint-Antoine, expérience
d'un profit inestimable pour la secrétaire générale
de la Ligue féminine d'action sociale qu'elle est appelée
plus tard à devenir.
Sa vraie soif pourtant ne sera connue qu'en 1936. En effet, l'accès
étendu à un niveau d'études supérieur
à celui routinier du brevet, rendu, pour la première
fois, possible aux jeunes filles par la fondation deux ans auparavant
du Centre d'Etudes Universitaires(1), Denise, que ne
laisse de tourmenter un irrépressible besoin d'horizons neufs
et de savoir, n'hésite aucunement à résigner
son poste d'institutrice pour entreprendre ses humanités.
Cinq ans plus tard, en 1941, lauréate des trois années
consécutives qu'elle passe à l'École de Droit,
elle ne manquera pas à sa sortie de voir sa ténacité,
honorée cette fois-ci, d'une offrande florale, symbole de
l'unanime et chaleureux hommage de ses condisciples.
C'est alors que, prenant sa vraie mesure, l'implication de Melle
Guillaume va se réveler, pour ainsi dire, des plus efficaces
et bénéfiques. Au tribunal de Cassation où
elle remplit avec une étonnante acuité la fonction
de commis greffier, elle profitera de ses contacts pour ménager,
entre les instances concernées et le groupe qui, à
la Ligue féminine d'action sociale et à la Ligue de
protection de l'enfance, se préoccupe de tels problèmes,
les entrevues indispensables et le pont d'échanges favorable
à l'amélioration de la situation des enfants détenus
qu'elle prend un soin extrême, il faut aussi le dire, de visiter
personnellement dans leur geôle, les signalant à l'occasion
aux uvres et aux commissaires. A sa nomination en 1946 au
Bureau du Travail, nouvellement organisé, elle jouera un
rôle prépondérant dans la mise sur pied de la
Section de la Femme et de l'Enfant dont lui avait été
confiée l'élaboration des bases légales et
saura encore une fois mettre à profit son poste privilégié
pour, de concert avec ses compagnes de la Ligue, entreprendre avec
sérieux la formulation des textes de législation sur
l'Apprentissage et sur l'Enfance en domesticité. Ce travail
primordial qu'elle initie alors verra sa continuité assurée
par d'autres jeunes femmes telles Janine Lafontant-Nelson.
Entre-temps, loin de dédaigner l'action directe, Denyse
offrira chez elle, à l'intention de fillettes et adolescentes,
des cours particuliers destinés à les préparer
au certificat d'études, au brevet simple et au brevet supérieur.
Elle assistera egalement le couple Dartigue dans l'expérimentation
des méthodes nouvelles d'enseignement, dirigera un groupe
d'études au Foyer ouvrier de la Ligue tout en collaborant
à La Voix des Femmes et à La Forge.
Le 1er novembre 1949, une forte fièvre, rapporte-t-on,
mettra fin inopinément à l'ardent et remarquable engagement
de cette jeune femme de 35 ans.
Tiré de: Jeanne Sylvain, Denise Guillaume, dans Femmes
haïtiennes, op.cit. p244.
1) Le Centre d'etudes universitaires, premier cours secondaire
mixte de Port-au-Prince, a été fondé en 1934
par le couple Bourand, la femme, Anne-Marie Lerebours. |