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« Depuis très jeune, j'ai beaucoup
travaillé;
j'avais comme une rage de travailler.
C'est comme si je voulais porter le monde sur mes épaules...»
Ertha Pascal-Trouillot
Hasard? Exigence savamment cultivée? Telles sont les interrogations
qui viennent à qui ne fait que se pencher sur la particulière
évolution de Me Ertha Pascal-Trouillot. D'abord de brillantes
études classiques où, toujours en tête de classe,
elle n'en finit pas d'en imposer à ses camarades de groupe
(plutôt des hommes, avoue-t-elle), études au bout desquelles
elle s'oriente vers la mécanographie (1969), complément
de formation à ce qui sera sa vraie profession : le Droit.
Deux ans plus tard, en effet, en août 1971, elle se retrouve
de la promotion sortante de l'Ecole de Droit des Gonaïves.
Celle-ci frappée des exigences fraîchement instituées
d'un mémoire de sortie, Ertha Pascal sera la première
étudiante, avec un brio et une assurance qui épateront
le doyen lui-même, à soutenir ce mémoire autour
d'un sujet pour le moins passionnant: le Statut juridique de
l'Haïtienne dans la législation sociale.
S'écartant également de cette ornière qui,
depuis 1929, année de leur admission à l'École
de Droit, voit le Droit se confiner pour les femmes à une
discipline d'appoint, Ertha Pascal prête aussitôt serment
en qualité d'avocat du barreau de Port-au-Prince et «affrontant
avec courage des confrères blanchis dans le métier,
(...) affirmant de plus en plus sa spécialisation dans les
affaires du Travail, de Droit de la Famille et des problèmes
de l'Etat civil» plaide devant toutes les juridictions
des tribunaux (tribunaux de paix, tribunaux civils, cour d'appel,
Cour de Cassation). Cette brêche ouverte dans le monde
très fermé des Hommes de loi, initie une fructueuse
carrière qui la retrouvant comme première femme membre
du Conseil de l'Ordre des avocats du barreau de Port-au-Prince (session:
1977-1979), consacre également Maître Ertha Pascal
Trouillot, première haïtienne juge au tribunal civil
de Port-au-Prince (janvier 1979) en France, il a fallu attendre
46 ans entre les premières inscriptions de femmes au barreau
et l'ouverture du concours de la magistrature à une femme
, première femme juge à La Cour d'appel (septembre
1985), puis à la Cour de Cassation (novembre 1986).
Entre-temps, dans de multiples congrès, séminaires
et conférences, par la publication - seule ou quelquefois
en collaboration avec son époux, Me Ernst Trouillot - de
relations de voyage, détudes ou de résultats de recherches,
on assistera chez Me Ertha Pascal-Trouillot à l'évolution
de positions de plus en plus nettes et tranchées où
la femme haïtienne fait indéniablement l'objet de préoccupations
premières. Exception faite évidemment de Madeleine
Sylvain-Bouchereau, analyste autant que fer de lance d'un projet
de révision du Code civil tenant compte des discriminations
faites aux femmes, Ertha Pascal-Trouillot demeure encore en effet
la seule femme de loi à se tailler une notoriété
par une militance assidue dans ce domaine.
Me Ertha Pascal-Trouillot se refuse néanmoins à toute
casaque féministe: «Je suis avant tout une femme
professionnelle. Je n'ai jamais voulu militer dans aucun groupe
de femmes». On lira pourtant, en introduction à
son livre Retrospectives... Horizons: «C'est
dans le souvenir de ces gloires nationales (femmes haïtiennes
ayant combattu pour la libération d'Haïti) et dans la
fervente solidarité avec l'esprit et la vaillance des efforts
et résultats des groupements féministes, des associations
féminines et de toutes celles qui uvrent pour l'émancipation
de la femme, que nous offrons respectueusement ce nouvel ouvrage».
C'est de cette même femme qu'une consur opine ainsi
: «ses études, ses interventions, ses travaux portent
tous assidûment sur le même thème, la défense
des droits de la femme haïtienne à travers des sujets
aussi épineux que le droit de la femme à la contraception,
le droit des concubines, la reconnaissance légale des enfants
illégitimes, l'extension des droits et capacités de
la femme mariée, la rupture de promesse de mariage...»,
tout ceci évidemment sous-tendu à l'engagement fondamental
de «faire progresser le Droit, l'adapter aux conditions
de la vie moderne, lui faire franchir en quelques années,
quelques siècles»(1).
L'active carrière de Me Ertha Pascal-Trouillot la verra
également figurer comme première femme (à date
la seule) à la présidence d'Haïti, fonction qu'en
qualité de juge à la Cour de Cassation, elle se retrouvera
à assumer durant onze mois, du 13 mars 1990 jusqu'au 7 février
1991.
Autres activités et distinctions:
- Lauréate de l'Alliance francaise (1965)
- Ex-membre de la section féminine (défunte) de la
Commission de refonte du Code civil haïtien.
- Membre de l'Association des écrivains de langue francaise.
- Membre de l'American bar association de Washington.
- Membre de l'Association internationale des juristes (Paris)
- Professeur de Droit usuel dans divers collèges.
- Conférencière de 1971 à nos jours à
Port-au-Prince, Washington, Virginie, Montréal, Rome, Caracas,
Paris, Ottawa, Abidjan, Fort-de-France, Danemark, et depuis 1994
dans différentes villes du Japon sur Le rôle des
femmes dans le développement économique des sociétés,
La femme dans la vie sociale, L'économie haïtienne,
etc.
Publications:
1973: Statut juridique de l'Haïtienne dans la Législation
sociale
1978: Code de lois usuelles, en collaboration avec
Ernst Trouillot.
1980: Rétrospectives... Horizons
1981: Au grand boulevard de la Liberté
1982: Analyse de la Législation révisant le statut
de la femme mariée
1990:
Code de lois usuelles
A paraître:
- Cahier juridique de l'enfant et de la famille
- Dictionnaire biographique d'Haïti, en collaboration
avec E. Trouillot.
* Basée sur notre entrevue avec Ertha Pascal Trouillot (Septembre
1995)
(1) Francoise Fleury-Mazeau, avocat de la Cour de Paris dans sa
préface à Rétrospectives et Horizons. |