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  Jasmine Narcisse
Mémoire de femmes
Paulette Poujol-Oriol
1926
     
 
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«Ma vie s'articule autour de quatre volets:
la mère, la grand'mère, l'écrivain, la Ligue féminine.
Il y a aussi la musicologue».

 
Affable et débordante d'une contagieuse vitalité, Paulette Poujol-Oriol est une de ces femmes que l'on prend un réel plaisir à entendre tout de go avancer, n'avoir connu aucune difficulté à vivre pleinement sa vie de femme. Plutôt rare un tel aveu et définitivement surprenant quand, loin de laisser supposer l'avoir gagné au prix d'une âpre lutte contre ces discriminations de tous ordres dont se voit hérissé ordinairement un parcours de femme, viendra l'affirmation tout aussi spontanée de le devoir à deux hommes exceptionnels: Joseph Poujol, son père et enfin, confidence agréable, Marc Oriol, un époux qui, à ses yeux, ne fera pas moins, dans un deuxième temps, qu'égaler son père en considération. De tant d'amour et de tolérance, Paulette Poujol-Oriol tirera la force de se multiplier jusqu'à couvrir presque allègrement ces lieues qui nous amènent aujourd'hui un visage et un nom familiers.

Quand après ses études à l'Ecole Normale d'Institutrice, elle se retrouve à 18 ans, au sortir de l'Institute of Commerce of London de la Jamaïque, collaboratrice attitrée de son grand-père dans la gestion de l'entreprise familiale, Paulette aurait pu se croire tracé un avenir dans les affaires, si la mémoire d'une fillette à qui «son père faisait lire Voltaire à l'âge où les petites filles lisent Delly», n'était restée vivace. En effet, mordue du culturel, il se dessine très tôt chez elle un intérêt manifeste pour le théâtre et en 1949, c'est une membre à part entière de la SNAD (Société Nationale d'Art Dramatique) qui fait ses débuts sur les planches du Rex Théâtre. Mais, il y aura aussi l'appel de l'enseignement qui l'amène dans un premier temps à dispenser des cours de langue puis plus tard des cours d'art dramatique, au Collège Saint-Francois d'Assise pendant près de 14 ans, à l'Ecole Nationale des Arts (ENARTS) où de 1983 à 1991, elle est directrice des Etudes et aujourd'hui au Piccolo Teatro, école d'art dramatique dont elle est directrice-fondatrice. Cet intérêt nourri lui vaudra de recevoir le 8 avril 1992, la distinction Honneur et Mérite de l'Université d'Etat «pour sa contribution au développement de l'Université et à l'Education de la jeunesse haïtienne», diplôme auquel suivra celui très honorable de «grande personnalité du théâtre haïtien» décerné par le Centre haïtien de l'Institut international du théâtre-Unesco.

En Paulette Poujol-Oriol, il y a aussi une femme d'action, polyvalente dont la publication régulière dans nos quotidiens d'articles ayant trait à la Constitution, entre autres, revèle un intérêt particulier pour ces débats d'importance agitant l'heure. Témoin d'un tribut considérable à l'avancement de la cause féminine ce relevé significatif des organisations au développement desquelles elle n'a laissé de contribuer. Membre du Cador (Le Club de l'Age d'Or), membre fondateur du Club des femmes de carrière libérale et commerciale et de la toute récente AFHA, l'Alliance des Femmes Haïtiennes (1994) qui a coordonné l'action de près d'une cinquantaine d'organisations féminines, elle est depuis 1987, présidente de la Ligue Feminine d'Action Sociale dont elle est membre depuis 1950.

A d'autres, il viendra plus volontiers de Paulette l'image de cette animatrice avertie d'une émission radiophonique de musique classique qu'elle n'a laissé de mener dans une optique éducative. Et celle tout aussi heureuse de la littéraire. Deuxième femme à recevoir en 1980 pour son roman, Le Creuset(1), le prix littéraire Henri Deschamps (dont elle a rejoint le Jury en 1996), une des nouvelles, La Fleur Rouge, titre également de ce receuil publié en Haïti en 1992, sera primée sur 2000 participants de 78 pays au onzième concours de la meilleure nouvelle de langue francaise organisé par le périodique Le Monde en 1988. C'est dire, en peu de mots, l'attachement et la fidélité de cette bouillonnante femme aux sources dont elle a toujours été abreuvée : la culture.

Productions:

- Le Creuset, roman, Editions Deschamps,1980; Prix Deschamps, 1980.

- La Fleur Rouge, receuil de nouvelles, 1992.

- Le Passage, roman, 1996.

- Trou- Soleil, Théâtre, en édition.

 

Basé sur l'entrevue de Paulette P.Oriol par Anaïse Chavenet et J. C-Narcisse (sept.95)

(1) La première femme à avoir eu le Deschamps a été Alice Hyppolite pour son roman Ninon ma sœur.

 
     
 
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